Journal juin - juillet 2026
27 juillet - 01 août 2026
Je n'ai jamais vraiment questionné le fait de finir un jeu ou un roman. Mais force est de constater qu'il s'agit de choses que je fais de moins en moins. Par manque de temps, d'attention et de dispersion. Surtout les jeux. J'ai de plus en plus de mal à les finir si ils durent plus de vingt heures. Et ces derniers mois j'avais du mal à me foutre dans de la fiction niveau livre. J'ai surtout bouffé des essais, comme ceux de Morin pour celleux qui suivent. La même journée j'ai fini le jeu vidéo Dispatch et le roman Elantris de Brandon Sanderson et j'ai quand même senti une sensation de contentement d'être allé au bout de plusieurs choses, notamment Elantris qui était un bon morceau de 900 pages que je lisais par coup de 20 pages pendant mes pause repas au travail. Donc voilà content mais je me suis pas empêché de questionner ce contentement. Là où avant, quand je finissais quelque chose, j'avais une sensation de douce frustration que ce moment se termine, maintenant j'ai cette seule fierté d'avoir tenu bon et fait hommage à l'œuvre de mon attention. ESt-ce le monde qui s'est construit qui permet ce genre de pensée douce-amère ? Ou bien est-ce juste moi vis à vis de moi, de mon emploi du temps qui n'est plus celui que je pouvais avoir il y a dix ans, quand je pouvais regarder deux films par jour ? C'est quand même un peu des deux. Je suis toujous stupéfait par le parti pris qu'on peut avoir quand il s'agit de consommer du contenu culturel en l'assimilant à une perte de temps, une oisiveté, un privilège. Alors que si on était honnête deux secondes, on se rendrait bien compte que ce temps passé n'est sans commune mesure avec celui ultra-liquide qu'on passe sur notre téléphone. Sorte de perte de temps insidieuse qui s'infiltre dans les moindres recoins de notre journée.
En parlant de choses pas fini, je suis encore en train de lire Morin, le paradigme perdu. Lecture un peu plus aride, que je tente de poursuivre malgré la fatigue et mon temps qui n'est pas compatible avec la concentration que demande un livre de ce genre. Et pourtant j'arrive bientôt au bout de cet essai anthropologique qui m'a envoyé exploré la face inexplorée de la lune de mes modestes connaissances (au moins une partie). Une autre manière de voir l'évolution, une autre manière de me penser en tant qu'humain. Certes, je pense que le livre accuse son temps et possède les angles morts de bon nombres des auteurs des années 70, notamment sur la place de la femme dans cette Histoire avec un grand H. Genre on reste au stade de la femme ceuilleuse et de l'homme chasseur, quelque chose qui a quand même été nuancé depuis. Mais bon le livre est basé sur des études et recherches de l'époque. Quoiqu'il en soit, la lecture, comme celle des autres bouquins de l'auteur, m'a fait cheminé un peu plus sur ma volonté d'ouvrir une chaîne youtube. Parce que j'apprends des choses, j'ai qu'une envie c'est de les partager. Alors je pense au format souhaité et je me dis qu'il faudrait une chaîne qui représente le chaos de mes idées. Aller à l'antithèse de ce que je recherche un algo et un créateur professionel. Amener en fait un côté punk et sale (d'un point de vue formel) dans cet écosystème qui ne cesse de se lisser dans le template. Ramener de la confusion, bien humaine, un peu de chaos ordonné et du ressenti, des questionnements, des propositions. En gros faire des vidéos que personne n'a envie de voir aujourd'hui mais qui pourrait être une proposition de nouveauté. Un bordel comme ces lignes, qui témoigne pas de ma volonté ultime de m'inscrire dans un mouvement de création mais plutôt dans un élan d'humanité. Parce que oui je vais nommer l'éléphant dans la pièce mais tout ça se fait naturrellement en réaction à la croissance aggressive, traumatisante, fascinante, de l'intelligence artificielle. Tenter de renverser la table et les fondations même des notions qui placent cette technologie dans notre existence avec tant de facilité (non sans aide d'un rouleau compresseur politico-médiatique de techno-enthusiast béa et naïf mais je vais pas digresser sur eux là).
En gros essayer de trouver tous les points forts de la bête et aller à l'opposé. Répondre à son pouvoir de synthèse par la déconstruction des propos dans une communication basée sur le ressenti et le sentiment. Alors pas sur l'affect au sens «caresser les bas instincts» mais plutôt sur la poésie dans sa forme la plus large : une tentative de parler au cœur et non à la raison. Et pour le récepteur une expérience où les choses ne s'expliquent pas mais se ressentent. Répondre à l'accaparement de notre langage par l'invention de néologisme pour créer, l'espace d'un instant, des mots qui sont les notres. Répondre à son pouvoir de créer du contenu lisse et impeccable en créant du contenu cabossé, aux coutures visibles. Que la spectatrice ressente l'effort et l'énergie mit dans l'œuvre mais surtout, la proposition de montrer quelque chose de différent. Car le futur de l'humanité repose uniquement sur ce principe de différence. Et c'est justement ce qu'une IA n'est pas capable de faire. Artificiel n'est pas différent. C'est une copie. Un template.
Mais pourquoi, à l'aube de la conquête de notre noosphère et notre société par l'ia, je ressens en moi le besoin, bien plus fort qu'avant, de créer de mes mains des choses qu'elle est capable de faire à ma place ? Des livres, de la musique, des jeux, des vidéos ?? Enfin, je veux dire, j'ai toujours voulu créer des choses mais ces derniers temps je me rend compte que je me mets à apprendre à faire des choses que je pourrais demander à une IA : coder, composer de la musique, faire un site, un cloud, etc... Mais ce qui se joue est d'abord venu d'une intuition plus de quelque chose de réfléchi. Ce que je pense aujourd'hui n'est qu'une modeste tentative de justifier cette pulsion de création qui boue en moi. Tout simplement parce qu'on est au carrefour civilisationnel de notre imaginaire. Et de l'évolution humaine. Car être humain c'est développer son humanité, c'est trouver le graal de l'effort perpétuel vers, non pas cette meilleur version de nous mêmes que tout le monde chante à qui veut l'entendre, mais cette version de nous mêmes qui entrent en symbiose dans le maillage de la complexité. Vivre dans cet effort de s'intégrer parfaitement dans Complexus, non pas de le comprendre, mais de le ressentir. Vivre sans empêcher les autres de vivre, apprendre et transmettre, découvrir mais aussi se tempérer. Bref, je m'éloigne dans les mers de la conlusion et je me noie, car il n'y a pas de réponses, juste des sentiments. Et c'est ceux là que l'ia ne peut plus toucher : mais parce que c'est aussi ceux-là que la société hyper rationnelle et technologique a amputé : société tellement rationnelle qu'elle en a finit sa révolution et a atteint son extrême opposé : l'avancé scientifique et mathématiques irrationnelle. L'accumulation de tout en détruisant le reste.
Alors oui je veux proposer toute cette différence en moi, à rebours. Mais je me confronte au même problème intime que je porte depuis que je respire : comment assumer ? Comment trouver cette confiance, cette assurance ? Comment ne pas passer pour cet être prétentieux qui fait différement car il pense savoir ? Comment réussir à me libérer de ces questionnements qui m'empêchent de passer à l'acte ? Je rigole là parce que je me suis dit qu'en faisant ce journal j'allais arrêter de parler de mes barrières et je n'ai pas le choix de les voir en ce moment même. Au moins j'écris ici, c'est mieux que de laisser mon esprit divaguer en lui-même comme un serpent qui s'autophage.
19 juillet - 26 juillet 2026
« Qu'est ce que tu as vu?? » demande l'inconnu au nouveau voyageur qui entre sur ses terres. Alors le profane raconte ce qu'il a aperçu du haut de la colinne qui surplombe la région avant de la descendre. Encore fallait-il qu'il regarde, certains entrent en courant. Encore fallait-il savoir qu'on ne descend cette colinne qu'une seule et unique fois. Il est impossible pour les autochtones de revoir leur territoire, leurs connaissances, d'un œil neuf. Chaque nouveau voyageur est une opportunité de revivre la première fois. Voila comment la connaissance se partage. Le profane apporte innocence, naïveté et une forme d'actualisation. Là où l'autochtone connaît les moindres recoin de sa terre mais en a oublié la représentation totale.
Petite parabole sur la connaissance de manière générale. Sur cette idée qui a germé pendant mes lectures et qui rejoint pas mal des intuitions développées au fur et à mesure des années. Un point de vue qui voit la connaissance comme un système ouvert. Où spécialisation n'est pas panacée, et où profane n'est pas dévalorisant. Au contraire. Voir le regard naïf, immature comme une opportunité de reconsidérer un point de vue qui ne sera ni holistique, ni réductionniste. Un maillage qui permet d'avancer un peu plus vers la compréhension. Et pousse à l'interconnexion. Car quid de ce voyageur qui décide de ne pas rester dans ce territoire de connaissance. En tout cas assez de temps pour cristalliser son point de vue naïf, qu'il sait déficient, mais assez incomplet pour avoir l'opportunité de le réactualiser plus tard. Ne s'embarassant pas de certitudes. Contrairement aux spécialistes. Alors on peut émettre l'idée d'un voyage entre différentes terres. Différentes îles. Le voyage dans un archipel de certitudes au sein d'un immense océan d'incertitudes.
J'en viens à aborder le thème de la poly-disciplinarité. Et donc de l'apprentissage et du partage. Ainsi un domaine enseigné va entrer en résonance dans l'esprit de quelqu'un qui a son propre bagage et ses propres sujets de prédilection, qui a son propre prisme taillé et mouvant. Son propre kaléidoscope épistémologique. Son propre archipel de connaissances. Ainsi l'information sera traitée dans cette imagination. Si elle est simplement considérée comme insulaire, en vase clos, l'information va mourir tandis que si on lui permet de naviguer dans les autres îles de la personne apprenante, du voyageur profane, elle n'en sortira que grandie, avant de pouvoir être transmise a nouveau, transformée par son voyage dans les autres épistémîles (petit néologisme), à d'autres personnes. D'où l'intérêt de construire des ponts. Toujours.
Et on voit bien le côté fractal de cette parabole, qui peut s'appliquer à d'autres choses que la simple connaissance, le simple savoir. C'est une revendication du partage et du système ouvert. Et surtout un avertissement contre le repli sur soi. Après tout, nous sommes nous-mêmes, bien que désignés comme individu, en proie à une ouverture constante. Combien de trous, de frontières poreuses physiques et mentales, présentes sur et en nous pour accueillir les graines de l'énergie et du changement ?
Parlant d'apprentissage et de changement, je me suis réellement mis à la musique cette semaine et je dois dire que je suis assez fier de moi. Déjà parce que je vis l'excitation des débuts. L'apprentissage, et la compréhension conséquente d'éléments qui m'échappaient jusqu'alors (bon pour ça y'a pas de quoi être fier, c'est juste un épiphénomène). Mais surtout j'ai ressenti plusieurs fois cette pression déplaisante d'abandon. Cette petite tension dans le ventre qui voulait que je m'arrête parce que je n'étais pas fier de ce que je faisais. Mais j'ai pu reconnaître cette tension et je me suis accroché, plusieurs fois. Et je n'ai pas encore fini de morceau mais je suis allé plus loin que la simple loop. Alors on va voir où ça va me mener mais en tout cas j'ai passé un obstacle, et assez majeure vu qu'en général c'est celui qui brise les enthousiasmes des débuts. Qui ne restent qu'à ce stade éphémère.
13 juillet - 19 juillet 2026
L'idée de faire des vidéos Youtube m'a traversé l'esprit, notamment pour répondre à trois critères : sans niche définie, en format long (minimum trois quart d'heures) et non monétisé. Bien sûr comme toutes ces idées de ce genre, je la laisse au doux stade du rêve. j'aimerai pourtant prendre du temps à faire une expérimentation formelle pour parler en profondeur de sujet qui m'intéresse. Retrouver un banc de montage comme à l'époque où je faisais mes courts-métrages, faire de la 3D, même de la musique... Enfait parlons de la musique, parce qu'au final cette semaine a été la semaine du désir. Un désir que j'ai décidé de ne pas culpabiliser. Car j'ai eu envie de dessiner, alors j'ai fait trois traits puis je me suis découragé et j'ai arrêté. Puis j'ai lancé Godot pour un peu réchauffer mes neurones sur ce que j'avais appris dessus, mais je n'ai rien fait. Puis j'ai lancé LMMS pour faire de la musique assistée par ordinateur, j'ai testé quelques VFS et Sf2 mais c'est tout. Comprendre par là que je me suis laissé porté par mes envies de l'instant. Si je dis que j'ai décidé de ne pas me culpabiliser, c'est qu'en temps normal je me serais détesté pour ça. Commencer des trucs à moitié (même pas, à un dixième) et ne pas les finir. Mais là je me suis permis d'être explorateur, et surtout ça me permet d'affiner un peu plus ce que je veux. Bon le dessin déjà je laisse tomber, je voulais juste tester un truc pour faire la couverture de mon livre (que je finis de corriger là, donc je suis pas si procrastinateur que ça). Mais le jeu vidéo sur Godot, je commence à me rendre compte que je veux juste pas faire un énième tuto général, je vais plutôt me focus sur un projet concret : faire une mini maquette de jeu isométrique, du style Pillars of Eternity auquel j'ai re-re-recommencé. J'adore l'ambiance du jeu mais j'ai eu du mal jusqu'ici avec le combat en temps réel avec pause, je trouvais ça trop brouillon. Puis j'ai eu un déclic dans mon cerveau. Bon déjà je me suis mis en mode facile pour pas trop me prendre le chou puis derrière je me suis dit cette phrase magique : "Et si en fait ce serait pas comme si je jouais à age of empires mais en mode microgestion et avec juste quelques personnages ??". Allez j'avoue que cette disgression doit pas parler à grand monde mais je reste content d'avoir insisté une nouvelle fois pour recommencer ce jeu. Notamment parce qu'il est magnifique putain ! Cette touche vintage bien assumé qui me rappelle des jeux comme le maître de l'olympe, ça vient caresser ma corde nostalgique. Et comme tout ce qui me touche artistiquement, j'ai envie de faire pareil. Donc ça, voilà, c'était pour Godot.
Pour la musique en l'occurence, j'ai juste décidé de laisser libre court à une pulsion qui me vient peut-être une fois par an et qui me fait dire que j'aimerais tellement faire de la musique d'ambience de film, de jeu (avec des chœurs notamment!). Pulsion rapidement étouffé pour la simple raison que je me persuade depuis plus d'une décennie que je suis une quille en musique. Alors c'est un cercle vicieux auto-entretenu, parce que j'en suis effectivement une. Je suis comme cette personne qui dit qu'elle est nul en math parce que ça lui paraît complètement diabolique et que sa patience a trop de limites pour cette discipline. Et bien c'est pareil pour moi: j'ai tenté d'apprendre la guitare comme tout adolescent qui se rendait compte que c'était stylé mais devant le constat que j'avais un sens du rythme et une coordination main/pied digne d'un mec bourré en fin de soirée, j'ai abandonné. Mais là je me suis dit qu'il est temps que j'apprenne différemment, à mon rythme. On s'en reparlera, ou pas.
Sinon pas trop de réflexions philosophiques cette semaine, toujours en train de lire Morin, j'ai fait une petite sortie de route vers le domaine de la procrastination ( à comprendre que j'ai lu des livres sur le sujet, pas que j'en fais. Enfin si je procrastine mais c'est pas le sujet) et c'est confirmé (pour la dixième fois au moins) : les livres américains, même écrits par des philosophes, sont pourris. Bon je dis les livres américains avec la nuance d'un idiot mais bon je parle bien évidemment des livres qui sont vendu comme des références. Notamment celui de John Pery qui heureusement se lit rapidement mais qui ne m'a rien appris et qui m'a surtout un peu énervé, honnêtement je ne vais même pas parler des deux trucs qui auraient pu être intéressant tellement je trouve que ça a été une perte de temps. Puis j'ai commencé un autre livre de Tim Pychyl que j'ai décidé de ne pas continuer : car chiant. Ce que je peux donner à ces deux livres c'est la révélation de ce concept d'akrasie, mot grec désigant l'acte de faire quelque chose de mal en sachant pertinnemment que c'est mal. Ou bien savoir ce qui est bien de faire, mais ne pas le faire. À partir de là, voyant qu'on commencait à partler de philosophie, je me suis dit que j'allais checker pour des vrais livres de philos! Donc là j'ai commencé "La faiblesse de la volonté" de Ruwen Ogien qui est bien dense aïe aïe aïe. Vous reprendrez bien un peu de nœud au cerveau? Mais je ne m'inquiéte pas tant, comme pour Morin et tant d'autres, mon cerveau va se mettre en phase à force de décrypter les phrases. Enfin j'espère, je sais qu'il y a des philosophes qui restent vraiment opaques. Tout ça me fait une petite pause de Morin mais je pense que c'est l'occasion d'aborder enfin un de mes soucis en tant qu'artiste et penseur, celui de la procrastination et je dois dire que je suis curieux de ce qui a pu être écrit dessus, hormi ces putains de livres de développement personnel que je conchie mais vers lesquels je reviens toujours, par paresse et toujours prêt à croire que sur un malentendu, il y aurait quelque chose d'intéressant.
Rien à voir mais l'image de l'élastique me revient souvent en tête. Sorte de métaphore de la vie, qui représente une tension entre deux extrêmes, et surtout un certain équilibre: une volonté de chercher l'équilibre. Donc quand je conçois ou revendique quelque chose, son opposé grandi en moi également on dirait, car mon esprit fabrique le contre argument instantément. Quand je veux faire, l'opposé veut m'empêcher de faire. Je n'irais pas à dire que c'est le cas pour tout mais ça arrive assez souvent pour que je m'en rende compte. Alors évidemment le principe d'un élastique, c'est de pouvoir être utilisé en tant qu'élastique. Il permet la gymnastique et la souplesse mentale. Pour maintenir un quelque chose en nous, une sorte de compréhension, voire de l'action ? Mais à trop le tendre, on en vient à le fatiguer, à le briser. Dans le second cas, après réparation, il devient bien moins efficace aussi. Mais je m'égare dans la comparaison (qui n'est pas raison rappelons le). Non si la notion d'élastique me vient toujours en tête c'est surtout à cause de cette tension, et cette crainte de souffrir si jamais il vient à lâcher. Un gros CLAC! qui viendrait fouetter mon âme. Parce que quand je doute, quand j'essaie de comprendre, de faire, je la sens, cette tension. Et elle est même parfois physique. Alors on pourrait dire que la solution serait de ne pas tendre l'élastique, de pas s'en faire, de l'ignorer ? Au delà du fait que rien n'est si simple, je trouve quand même dans cette tension un certain bienfait, ne serait ce que pour rester éloigné des certitudes mortifères et de l'arrogance épistémologique. Bienfait qui viendrait donc cette deuxième idée: celle de l'équilibre. Tension et équilibre. Sorte d'attention de tout instant. Comme ce jeu qu'on peut faire avec un élastique entre les doigts, à éprouver sa souplesse, son élasticité. Sentir cette tension, cet exercice qui peut détendre (attendez n'ai-je pas dit que ça tendait ?), tout en évitant d'aller trop loin. Tendre-Détendre-Attendre. Miam la complexité, ce qui est tissé ensemble. Tissé en élastique peut-être.
6 juillet - 12 juillet 2026
Au menu de cette semaine : une révélation et une super vidéo. Une révélation d'abord concernant mes derniers propos sur Edgar Morin la semaine dernière, je me suis fait avoir par l'IA. Et oui je vais faire mon auto critique là. Alors je sais plus trop comment, très sûrement par paresse, je voulais savoir le lien entre la pensée de gauche et celle de Morin et donc évidemment je suis allé me renseigner sur claude plutôt que de chercher par moi-même et dans son soucis de thèse antithèse synthèse la machine (je me force à utilise ce terme plutôt que de l'appeler par "il") a fini par me parler de cette fameuse polémique sur T. Ramadan et sur ses prises de position vis à vis des accusations de viol. Alors je savais que morin et ramadan avaient fait des conférences, débats et des livres ensemble donc quand l'IA Claude me dit que Morin a fait polémique pour avoir défendu Ramadan en premier lieu et même être resté silencieux après sa condamnation, je me suis dit "encore un gars qui soutient sonpote gars agresseur. Décevant, contradictoire avec ses pensées, etc… et surtout irrespecteux envers les victimes de ces violences. À vomir." Puis au final, hier, je suis allé faire mes recherches par moi-même et finalement, y'a assez peu de contenus sur cette histoire mais quand même j'ai trouvé un texte de Morin écrit sur le blog de Médiapart qui parle de l'affaire : un texte accusateur envers Ramadan, qui entend la parole des victimes et qui aussi démonte les arguments comme quoi il serait le suppôt de l'islamisme et sous le joug de Ramadan. Bref, un texte qui vient démonter le fond de cette histoire et qui parle que tout ça n'est, on l'a dans le mille, qu'une instrumentalisation de l'affaire par l'extrême droite qui a vu dans les accusations envers Ramadan, à l'époque une occasion en or de décrédibiliser un penseur (et ancien résistant) influent de gauche. Parce que les arguments de l'IA, j'ai finis par les trouver dans des blogs de la fachosphère, à tendance antisémite, qui tronque les citations du texte de Morin que je venais de lire pour coller à leur argumentaire (qui s'attarde bien plus sur son supposé islamo gauchisme plutôt que sur les accusations portés sur Ramadan). Bref, je retourne sur Claude et je demande d'expliquer cette histoire, notamment en partageant le texte de Mediapart. Déjà, demi-surprise : il n'a pas accès au texte original, sûrement parce que Mediapart empêche aux robots de voler son contenu : c'est fair et normal. Donc il n'a jamais eu accès aux propos de Morin sur l'affaire que la machine, rappelons le, m'a amené d'elle même. Le problème prend donc une nouvelle dimension, bien plus grave : l'IA va chopper d'elle même du contenu "avec engagement" pour sa réponse, venant de blogs douteux qui bien sûr ont tout intérêt à répandre leur fange informationnelle, tout en ne pouvant accéder à du contenu vérifié, car protégé par leurs auteurs. Un point quand même pour la machine car au final quand je lui explique tout ça, elle a reconnu son fonctionnemment partial/partiel et a rappelé l'importance de ne pas se reposer uniquement sur elle pour s'informer. Ok d'accord mais il a bien fallu creuser pour avoir ce genre d'infos. Pour certains j'enfonce une porte ouverte en disant de faire gaffe mais au final je me considérais comme très sceptique et je me suis fait avoir parce qu'un soir en rentrant du travail, somnolent, j'ai voulu répondre à une question qui trottait dans ma tête. La paresse est fille de fatigue parfois. Temps mieux pour celleux qui résistent mais attention pour les autres : en cette période troublée, n'oublions jamais que l'information est à chercher et à comparer, pas à accepter de quelqu'un. Mais bon mis à part ça, avant cette déconvenue, je ne m'étais pas retenu de continuer à lire "La tête bien faite", qui me fait toujours autant kiffer. Ça faisait bien longtemps que je ne m'étais pas fait sourire en lisant tellement je finissais par surligner l'entiéreté de plusieurs pages. Une merveille. Il y a toute une partie qui parle de l'art (littérature, cinéma, etc..) comme discipline réellement reliante aux autres et surtout capable d'enseigner la condition humaine. Merci quoi ! Redonner ses lettres de noblesse à une culture qui prend soi les coups d'un régime censeur ou auto-censeur ou bien qui perverti le média à cause de ses objectifs du dernier stade du capitalisme, c'est ce que j'avais besoin de lire. J'étais tellement excité et ça faisait tellement tourner le moulin des pensées que j'ai dû stopper ma lecture pour aller écrire et me calmer. Oui, ça faisait longtemps que j'avais pas lu un livre de philo ou n essai autant stimulant. Peut-être le dernier dont j'ai le souvenir c'est peut-être un livre de Nietzsche ou de Camus.
Mais sinon j'ai envie de parler de cette vidéo de la bibliothèque d'alvyn, un petit youtubeur bien sympathique qui parle surtout de Dungeon et Dragons mais qui là a fait un super travail sur le travail des animateurs spécialisés dans la création de cinématique et/ou trailers de jeux vidéos. Un super docu qui parle de passion, d'art et de travail humain. Un véritable bonbon que je ne saurais que trop recommander. Elle m'a bien fait méditer sur son sujet, m'a donné envie de me remater Love Death and Robot et m'a même refait titiller cette volonté de créer une chaîne youtube pour faire des formats longs comme ça.
29 juin - 5 juillet 2026
J'ai arrêté de lire "la confiance en soi et autres essais" d'Emerson : je suis confronté à nouveau à une des critiques que j'ai pu faire à l'encontre de charles pépin : cette glorification de la confiance en soi comme manière de s'affirmer en tant qu'individu est une manière fort dérangeante de valoriser un rapport de domination. Enfin je veux dire qu'Emerson représente bien cette mentalité de "pionnier" pour le peu que j'ai lu. Je suis profondément mal à l'aise avec l'éloge des pionners et leur soit disant "confiance en eux" et en leur capacité de s'approprier une terre pour créer du neuf. On a tendance à occulter le fait que tout ça repose sur une conquête et un génocide. Il y a eu un passage en particulier où Emerson dit grosso modo : je m'en fous des autres car c'est mon intérieur le plus important. Le mec a beau parler de vertu, je doute qu'une philosophie de cette trempe appliquée à tous produise un joli vivre ensemble. À partir du moment où on s'estime meilleur juge et parti que le reste de nos comparses, les problèmes vont vite arriver. À commencer par la négation de l'autre. Mais bon je me répète, tout ça représente bien cette mentalité de pionnier, qui s'autocongratule de leur confiance et de leur résilience face à l'adversité alors qu'ils ont juste dominé des autochtones et les ont génocidés à petit feu. Donc oui dernièrement j'ai lu ces livres sur la confiance en soi alors que je commençais à me dire que cette dernière était une belle escroquerie, j'en ai tiré des choses intéressantes (voir semaine dernière) mais finalement je ne pense pas avoir changé d'avis. Car le problème de la confiance en soi finalement, c'est ce putain de "soi", ce petit égo qui veut trouver une théorie qui le dorlote en se mettant au dessus du tas. En pensant qu'on est spécial, que tout existe pour nous construire seulement nous. Sans jamais penser que c'est justement notre rapport aux autres qui nous font grandir. Donc Emerson merci mais non merci. J'aimais son écriture vivante, qui produisait de très belle phrase mais ça ne m'a pas empếché d'y lire du renfermé sur soi. Niquez vous les pionniers à vous penser important. Les US sont bâti sur le sang donc à défaut d'avoir des remords, évitez au moins d'en être fier. Je suiis donc retourné à Edgar Morin dont les phrases sont des véritables vaisseaux mentaux. En deux lignes il me fait toujours voyager vers la réflexion conceptuelle. J'ai fini "les septs savoirs nécessaires à l'éducation du futur" et j'ai commencé la lecture de "une tête bien faite".
Morin c'est l'auteur qui vient dégager la poussière sur les sentiments que je nourris depuis tout jeune, sur cette volonté de saisir le tout : souhait impossible de tout comprendre mais Morin arrive à me faire faire ce deuil compliqué grâce à cette théorie qui recontextualise le problème, pas qui donne de solutions. Juste des outils mentaux, des mots moteurs de réflexion autour de cet enjeu de capter le tout tout en concevant la partie et vice versa. Je ressens cette impatience de comprendre, cette sorte d'immaturité de vivre. Pourquoi ce soucis de la complexité, du maillage de complexus ? Le dieu complexus. Parce que c'est cette tension en moi qui s'exerce, la tension d'un tissu qui veut se coudre à la peau de mon âme et au cri de mes pensées. Accepter que les choses soient compliqué, mais réussir à danser sur ce sol mouvant. Ne pas simplifier les choses, que ce soit dans le réductionnnisme ou l'holistisme. Ni platonifier dans le symbole mais se servir justement de la réduction, de la métaphore et le symbole comme une béquille, une porte, une assistance respiratoire pour développer plus en profondeur le maillage infini de questionnements que pose une observation. J'invoque des mots qui sortent du marécage de mes réflexions, sorte de poison qui se répand, ou médicament. Atteindre sagesse et humilité : mais atteindre connaissance pour agir surtout. Merci Mr Morin pour ce muscle que vous faites travailler, le muscle du courage d'apprendre et de comprendre. Ne pas céder à la facilité, à la forme passive du faire d'une société d'hyperattention. Confondre tout savoir avec le simple fait de concevoir les choses. Toute vérité n'est qu'une silhouette vague qu'on voit se dessiner à travers la serrure du cosmos. Elle ne prend dans notre cœur que la place que nos illusions lui donnent. Nous sommes des êtres observateurs non dénué d'affect : qui se targue d'être parfaitement rationnel est déjà victime de l'hubris de son intelligence et noie ses représentations dans le lac des fantasmes. Et même la machine techno solutionniste algorithmique n'aura jamais l'antenne du sentiment pour ne déceler autre chose qu'une forme. Ce sont les sentiments qui apportent l'essence d'un objet. Une essence mouvante, insaissisable et à jamais redécouvrable. Telle l'utopie, la vérité n'est qu'un mirage mais il n'y a qu'en voulant l'atteindre qu'on peut avancer vers elle.
Je dois quand même ajouter que malgré l'éloge que je fais de l'auteur Morin, je suis bien énervé d'apprendre qu'il fût un défenseur invétéré, même jusqu'à sa mort, du violeur Tariq Ramadan. J'ai hésité à continuer de le lire en apprenant ça. Donc là aussi merci mais non merci. Je garde cette tension intellectuelle comme leçon et vait garder un regard un peu plus critique sur ces pensées que même son auteur a échoué à mettre en oeuvre au moins une fois : pensées d'humanisme, de vérité.
21 juin - 28 juin 2026
Je souhaite tester un nouveau format : celui de faire une chronique hebdomadaire ici même afin de ritualiser l'acte. J'en suis venu à cette conclusion en me rendant compte que poster des posts décousus et de manière aléatoires me portait souvent vers de longue absences où je ne voyais pas le temps passer. Alors je sais que d'une certaine manière, je me contredis avec un certain post passé, mais pas tant. J'itère toujours et ce qui va être écrit sera toujours autant décousu et aléatoire, contradictoire et digressant. Mais je veux ajouter un rituel qui me pousse à l'acte et surtout je veux documenter ce temps qui passe. Les stimulations intellectuelles, spirituelles et aussi les réactions à l'actualité. Le faire chaque jour aurait été trop chiant et redondant et je vais tester de le faire chaque semaine. Alors commençons : j'ai dévoré deux livres de Charles Pépin cette semaine, sur la confiance en soi et les vertus de l'échec. L'un m'a beaucoup insipiré tandis que l'autre m'a laissé un peu plus de marbre. J'y ai relu les mêmes préceptes pompeux que j'ai pu lire dans beaucoup de livres de développement personnel et je dois dire que c'est décevant de lapart d'un philosophe d'avoir un angle mort aussi conséquent que celui du biais du survivant. Enfin c'est pas comme si ce n'était pas documenté aujourd'hui ! Bref, je ne regrette pas la lecture, il y avait bien des passages intéressants qui m'ont fait revoir d'une manière différent certains moments de ma jeunesse et ma vision de certains échecs. Mais oubliable. Tandis que ce livre sur la confiance en soi m'a fait du bien, c'était la première fois que je lisais sur le sujet abordé d'un point de vue philosophique et avec des références à cette discipline et ses auteurs. Deux cents pages qui m'ont révélé pas mal de chose, notamment sur l'importance du faire, de l'acte qui confronte au réel et aussi, original mais non moins important, sur l'importance d'admirer les gens et le beau. Qu'au final une certaine forme de confiance en soi naît de cette confiance envers l'existence de la nature et des personnes qu'on aime. Là encore, certains passages qui ressemblent à des livres américains remplis de banalité mais le reste tend vers ce que je commence à concevoir sur ma manière d'aborder le dev perso : que la philosophie est la véritable source de la confiance en soi. Qu'il me faut appréhender cette patte mystique et érudite du/de la philosophe qui a retourné la question et qui s'est inspiré des meilleurs pour conceptualiser, plutôt que les mots mièvres et convenu de l'homme des réseaux sociaux. Donc la lecture confirmait et répondait à mon intuition que les meilleurs livres de développement personnel étaient finalement les livres de philosophie. D'ailleurs la lecture de "la confiance en soi" m'a amené vers le livre éponyme d'Emerson que je viens de commencer. Un livre du XIXe siècle sur le sujet, apparemment un des premiers, a piqué ma curiosité. On verra bien. Je vais ensuite retourner à Edgar Morin, dont la lecture me stimule. Parce que sa vision de la complexité est un véritable défi de représentation et le lire m'amène dans une sorte de rêverie fertile. Parce que complexe, parce que contradictoire, parce que paradoxale, c'est comme lire un escalier penrose. C'est saisir le sens avant qu'il ne m'échappe, goûter au rationnel de la pensée complexe avant d'être ramené à l'évidence que la compréhension est aussi affaire de sensation irrationnelle. Bref, si la philosophie d'Edgar Morin vous fait de l'œil, rendez hommage à ce grand homme en lisant au moins son "introduction à la pensée complexe". Là j'avais commencé "les sept savoirs nécessaires à l'éducation du futur" mais j'ai bifurqué sur la lecture de charles pépin pour des raisons que je ne m'explique pas (j'essai de suivre mes envies pour voir où elle me mène). Pour l'instant je retiens de Morin ce rapport à la complexité (évidemment), mais surtout à l'humilité et à une certaine forme de rigueur dans l'acceptation que rien n'est facile et que les dogmes et les idéologies ne sont que des chaînes qui retiennent l'homme de s'élever. Mélanger les disciplines comme des plantes se mélangeant entre elles pour former l'écosystème, c'est ramener la créativité au même niveau que la science. Pour au final se laisser porter par l'explosion de connaissances, de curiosité et de possibilité. Effet secondaire de cette lecture : le réveil de mon nerf politique. Même à l'étranger, je suis de près la politique française et les entrées en campagnes pour la présidentielle des uns et des autres me ramènent de nouveau à l'idée que La France Insoumise est la mieux placée pour appréhender ce futur qui nous échappe en tant que citoyens "normaux". J'ai eu beaucoup de choses à reprocher à LFI ces dernières années (et pas les polémiques montées de toutes pièces par des médias de plus en plus exaspérant) mais force est de constater qu'il faut arrêter de déconner. Aucun autre parti n'a une vision aussi holistique du futur tout en ayant la capacité de le penser de manière réductionniste. Il y a du boulot, de l'engagement et une sincérité. Sans parler d'espoir de changement (qu'ils sont les seuls à mobiliser), la rentrée en campagne de Mélenchon est une nouvelle fois la seule qui n'apparaît pas comme un évènement politique mais comme un évènement de civilisation : c'est invoquer réellement le futur et le collectif, là où les autres invoquent soit la peur ou la haine, l'isolation, ou bien le statu quo mortuaire et consanguin de ces dernièrs décennies. Tandis que les autres partis de gauche tente de ménager la chèvre et le choux, LFI adopte une posture de combat et rend tous les coups qu'ils ont pris dans la gueule ces dernières années, par moi le premier, je le reconnais. Tout comme je sais reconnaître les idées qui font naître en moi une flamme, si ce n'est d'espoir, au moins de réflexion. Quand tous les autres ne m'inspirent que mépris, lassitude ou pitié. Alors voilà, je n'écris pas de ma plus belle plume mais les intiatives doivent toujours commencer par quelque chose et je redémarre un peu ce journal laissé à l'abandon avec cette chronique qui parle des dernières semaines de mai/juin.
