Faire un site pas beau

Sous ce titre qui ne sert juste que de prétexte, je souhaite présenter une des petites démarche que j'ai via ce blog, et parler un peu des réflexions qui m'ont amenés à le faire de cette manière.
Pour commencer, tout démarre d'une volonté loin d'être noble : la flemme. La grosse flemme. Celle qui me fait dire : "Oh non je vais pas commencer à coder du html/css à la chaîne et à devoir gérer un rss à la mano". Pour ça qu'initialement, j'émettais l'idée de démarrer ce projet sur une plateforme comme Substack. Aussi, on peut me dire qu'aujourd'hui on peut faire des sites supers sans avoir à coder, où il suffit de glisser/déposer des blocs et s'occuper uniquement du contenu. (Et non, s'il vous plaît, je ne veux pas parler d'IA ! Pas aujourd'hui !) Mais finalement, j'ai compris que j'avais un besoin de de faire tout (ou presque) par moi-même : construire un site que je gère sur mon propre serveur que j'héberge chez moi. Pour lequel je ne dépend pas d'une quelconque organisation privée et, comble du pire, comble de l'angoisse, américaine. C'est une forme de résilience aussi.
Partant de là, étant quand même quelqu'un qui aime se prendre la tête (c'est une manière de procrastiner comme une autre vous me direz), j'ai souhaité que ce ce site réponde à une forme de revendication. Une volonté d'exprimer ce que j'aime d'Internet. Et ce que j'aime, ce sont ces sites un peu austère qui regorgent d'écrits passionants et qui ne se fardent pas d'un habillage tape-à-l'œil digne des pires blogs à sponsoring. Où les seules tentatives esthétiques sont des constructions un peu branlantes d'expérimentations personnelles, permettant de garder ce caractère hétérogène, décentralisé, multiple d'un Internet mondial qui a tendance à s'homogénéiser dangereusement. (C'est un euphémisme : la décentralisation est complètement à la marge aujourd'hui, tout est template de template de template).
Là, je vais parler rapidement de Neocities, tout en vous incitant à aller y jeter un coup d'œil. Car ce que vous y trouverez, c'est l'essence originelle d'Internet. La créativité à l'état pur. On a là-bas une multitude de personnes qui répondent en écho à une sorte de même projet auto-suggéré et où chacun a son petit territoire html/css pour expérimenter et créer.
 
Si vous y faites un tour, vous remarquerez alors que je suis très loin d'avoir quitté le rivage du raisonnable concernant mon blog mais, quand même, je compte m'inscrire dans cette mouvance qui renvoit vers un Internet un peu fantasmé des années 2000.
En effet, j'ai découvert Internet peu avant l'avènement du web 2.0 et les premières impressions de rétine que me renvoyait les ordinateurs connectés de l'époque ressemblaient peu ou prou à ce que vous voyez maintenant sur ce site. Même si j'avais le temps, l'énergie et la volonté d'habiller un peu plus ce site, ce ne serait pas à la manière d'aujourd'hui, avec des coins arrondis, des animations léchées, etc… mais davantage de manière régressive, chaotique et, in fine, vivante, comme sur Neocities. Appelez ça de la nostalgie, c'est totalement le cas.
Derrière l'aspect esthétique, il y a aussi une envie de minimalisme numérique. J'ai laissé de côté les solutions trop "clé en mains" comme Wordpress qui, pour avoir souvent été mon couteau suisse dans d'autres situations, sont tout simplement des usine à gaz pour la plupart des projets de blog. Ce dernier, en plus, ne tournerait pas sur mon Raspberry qui en a déjà bien assez de faire tourner un serveur multimédia, un cloud, un pihole et ma bibliothèque en ligne.
 
(Si mon raspberry pouvait me parler, il me dirait certainement d'aller acheter un nouveau serveur et d'aller me faire foutre. Mais quand bien même elle pourrait parler, elle ne serait certainement pas au courant des prix des mini-pc aujourd'hui ! mais bref...). Grâce à ce minimalisme, je peux héberger un site qui ne pèse qu'une paire de Mo, alors qu'il pèserait sûrement 10 fois plus avec Wordpress. Et si c'est bien pour moi, c'est aussi bien côté lecteur, car les pages se chargent quasi-instantément !
Je ne voulais pas non plus faire apparaître ce qui, personnellement, m'a toujours soûlé dans un blog. Je ne parlerai pas des pubs, étant donné que je n'en vois plus depuis presque 10 ans étant donné que j'ai très vite adopté des bloqueurs. Non plutôt tout ce qui entoure le contenu d'une page et qui finit par surcharger tout l'écran ! Les recommendations d'autres articles sur les côtés, des boutons de partages, des fenêtres contextuelles qui apparaissent quand on veut aller sur un autre onglet ou que tu scrolles vers le haut (dieu que je hais ça !!!), les images partout qui coupe le texte et le contenu, etc…
Tout ce laïus nous amène au cœur de l'argument premier de cette forme choisie : c'est un blog qui partage mes écrits, et les gens sont là pour lire. Sans distraction, sans rien d'autres que de simples mots sur un écran. D'où le fait que je m'inspire aussi du minimalisme d'une liseuse, qui ont elles aussi leur manière de faire partie, pour certaines, d'une forme de small web (ne serait-ce que grâce à leurs écrans e-ink).